Durant le mois de novembre a lieu l’édition 2026 du "Mois des Mathématiques Appliquées et Industrielles" (M2AI) en plusieurs lieux de Rouen et sa métropole. L’événement consiste en une série de conférences destinées au grand public et co-organisées par le LMI et le LMRS sous l’égide de la SMAI.
Voici le programme :
Quand les mathématiques donnent des yeux aux machines : du traitement d’images à l’intelligence artificielle
3 novembre 2026, 11h, Atrium Normandie
Diarra Fall (Université Rouen Normandie)
Résumé : Reconnaître un visage, lire un QR code, détecter un obstacle ou générer une image : ces tâches, devenues courantes, reposent sur des méthodes scientifiques fascinantes. Mais comment une machine parvient-elle réellement à « voir » le monde qui l’entoure ?
Cette présentation propose une introduction aux fondements de la vision par ordinateur. Nous découvrirons comment des outils mathématiques relativement simples permettent de traiter des images, d’en améliorer la qualité, d’y détecter des contours, des formes, et d’en extraire des informations utiles. Nous conclurons par une présentation des approches modernes fondées sur l’intelligence artificielle, en particulier l’apprentissage profond, qui ont profondément transformé la vision par ordinateur et sont aujourd’hui au cœur de nombreuses applications du quotidien.
Suivre la pente : du mouvement des planètes à l’intelligence artificielle
12 novembre 2026, 18h, Lycée Marcel Sembat
David Bonner (Dassault Systèmes)
Résumé : Imaginez que vous descendiez une colline dans le brouillard. Vous ne voyez pas le fond de la vallée, mais vous sente la pente sous pieds, et il suffit de la suivre. Cette intuition toute simple porte un nom : le calcul différentiel. C’est aujourd’hui l’un des outils les plus puissants de l’industrie. Tout commence entre 1665 et 1684, lorsque Newton et Leibniz inventent, chacun de son côté, une façon de mesurer le changement. L’un pense au mouvement, l’autre à la géométrie. Trois siècles plus tard, leur idée se retrouve partout, sous deux formes. Comme langage de description, à travers les équations différentielles : l’écoulement de l’air, la déformation d’une structure, la diffusion de la chaleur, la propagation d’une épidémie. Et comme méthode de recherche du meilleur : suivre la pente pour optimiser une forme, la consommation d’un moteur, la production d’un réseau électrique - ou, depuis quelques années, les milliards de paramètres d’une intelligence artificielle. Une conférence sans prérequis mathématique, pour voir ce qui se cache derrière nos machines.
La physique des systèmes complexes, entre irréversibilité et désordre
20 novembre 2026, 17h15, Lycée Pierre Corneille
Kirone Mallick (CEA Saclay/CNRS)
Résumé : L’eau, la glace et la vapeur nous paraissent fort dissemblables, bien qu’elles soient constituées de molécules identiques (H2O). Une formule chimique ne dit pas tout : on sait bien qu’à partir des mêmes briques, on peut édifier des bâtiments très différents. L’objectif de la physique statistique est de comprendre comment les entités élémentaires (particules, atomes, molécules), qui forment notre monde, s’agencent pour produire une incroyable variété de phénomènes, de la matière inerte à la vie, des flux d’énergie et d’information aux réseaux urbains. Sur le plan théorique, la physique statistique explique l’émergence de la complexité macroscopique à partir des lois fondamentales qui régissent les interactions au sein de la matière. Dans cet exposé, nous présenterons quelques idées de base de la physique statistique, qui s’articule autour des concepts d’énergie et d’entropie, et dans laquelle l’analyse combinatoire et les lois des probabilités jouent un rôle essentiel. Nous verrons aussi que certaines questions importantes et ouvertes demeurent au cœur de la recherche contemporaine.
Faire au mieux : trois siècles de contrôle optimal, de la peau de boeuf au plasma de fusion
24 novembre 2026, 16h30, INSA de Rouen Normandie, Amphi Germaine Tillion
Hasnaa Zidani (INSA de Rouen Normandie)
Résumé : Selon la légende, la reine Didon obtint pour fonder Carthage autant de terre qu’elle pourrait en entourer avec une peau de bœuf. Elle découpa la peau en fines lanières, les attacha bout à bout, puis chercha quelle forme donner à cette longue corde pour entourer le plus grand terrain possible. C’est un problème d’optimisation : parmi toutes les formes possibles, trouver la meilleure. Depuis, les mathématiciens se sont attaqués à des problèmes d’optimisation de plus en plus ambitieux, et cette histoire est mouvementée. Au XVIIᵉ siècle, un défi lancé aux mathématiciens de toute l’Europe porte sur le chemin le plus rapide entre deux points et ravive une querelle entre les plus grands esprits de l’époque. Au siècle suivant, une dispute autour du principe de moindre action, selon lequel la nature agit toujours de la façon la plus économe, devient un scandale européen et brouille Voltaire avec Frédéric II de Prusse. Puis, en pleine guerre froide, alors que s’engage la conquête spatiale, une nouvelle théorie naît deux fois, presque simultanément, de part et d’autre du rideau de fer : le contrôle optimal. Il ne s’agit plus seulement de trouver la meilleure forme ou le meilleur chemin, mais la meilleure manière d’agir à chaque instant. Le contrôle optimal est aujourd’hui partout : dans les lanceurs qui reviennent se poser, dans les pompes à insuline autonomes, dans le pilotage des réacteurs de fusion et jusqu’au cœur de l’intelligence artificielle. Cette conférence raconte cette histoire et montre ce que la théorie accomplit aujourd’hui.
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